La mort des personnages dans le RPG

Avez-vous déjà fait mourir un personnage dans un RP ?

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Vous ne l’ignorez pas, la mort est un sujet délicat voire tabou dans la vie réelle. Mais le rpg aussi peut rencontrer ce « problème » à un moment donné, même s’il y reste beaucoup plus léger parce que c’est nous qui en sommes maîtres alors, et que c’est quand même un peu plus fun : bref, vive la mort ! Tandis que des joueurs ne veulent purement et simplement pas faire mourir leurs personnages (« ze suis zentil mwa :c »), certains acceptent les léguer le temps venu, alors que d’autres préfèrent mythifier leur disparition. Et c’est justement de ce dernier choix dont nous allons parler : comment écrire la mort de son personnage ?

I – Quand et pourquoi le faire

Décider de la décomposition de son personnage, c’est très bien… mais à quel moment ?  L’occasion la plus évidente serait un départ spontané du joueur. Certains partent en abandonnant leur personnage, mais beaucoup préfèrent en profiter une dernière fois dans un rp ultime. Pour moi, c’est une sorte d’hommage qu’il faut rendre pour remercier sa création, grâce à qui on vit parfois beaucoup de moments presque inoubliables. Je trouverais aussi que sauter ce passage laisserait le personnage inachevé, un peu comme si on partait sans dire au revoir et sans fermer la porte (« hm… non. »). Tout au contraire, on peut décider que le moment est venu pour lui de disparaître au vu de sa construction, ou qu’on aura plus rien à en tirer. On va alors au bout du personnage ! Enfin, il y a toujours la lassitude et la panne d’inspiration, mais dans ce cas-là on choisit souvent d’abandonner sans passer par l’étape de la mort. Néanmoins le décès n’est pas toujours le choix le plus indiqué : ce n’est pas un passage obligé ! Certains personnages devront plutôt s’en aller vers l’inconnu (#laphraselaplusvaguedumonde), partir ailleurs, en voyage ; certains pourront vivre sous une autre forme, se réincarner ; et d’autres continueront simplement à vivre, même après qu’on ait arrêté de les jouer. Sans compter les contextes qui se déroulent déjà dans l’au-delà

II – Comment faire

Je tiens quand même à préciser avant tout que l’abord du meurtre de la mort dépend du personnage, du contexte du rpg, et même du rpg (certains n’acceptent pas les rps en solitaires, certains on des règles spécifiques pour les décès, etc.). Mais au-delà de ça, certains éléments sont indiqués pour réussir son écrit final. Je vais donc vous transmettre les conseils qui me semblent judicieux afin de réussir cette épreuve ! Bien sûr, ce n’est qu’un point de vue et je ne prétends en aucune manière détenir le secret ultime pour la rédaction de ce type de RP, même si certains points que je vais évoquer me paraissent généralement admis.

1/ Contrôle du mélo-drame

Le premier piège à éviter d’après-moi est le mélodrame. La mort larmoyante sous fond de pétales de cerisiers en fleur peut nous attirer, mais il est possible de rester touchant sans noyer son clavier de pleurs. Il faut à tout prix éviter de « jeter son oeuvre dans les flammes macabres lors d’un rp élégiaque empreint de tragédie et de sentiments bouleversants provoquant une catharsis foudroyante chez le lecteur »: et pourquoi pas une mort simple mais efficace ? Elles parlent parfois beaucoup plus que certains clichés. La banalité d’une mort, voir son ridicule (lorsqu’il est recherché) peut justement provoquer un effet plus frappant chez le lecteur. Après, il ne faut pas oublier de se faire plaisir : on peut écrire un rp mélodramatique tout en restant raisonnable et pas excessivement pathétique. Ce principe concerne surtout l’écriture, plus que la mort en elle-même, même si c’est forcément lié (ce sera dur d’éviter le mélodrame avec une femme qui saute d’une falaise, les cheveux dans le vent). Par exemple, éviter les multiples « Oh ! » « Non ! » « Ah ! » ou encore les tournures du genre « Hélas, il était déjà trop tard. » ou « Quel malheur, elle n’a rien pu faire ! ». Mais c’est là aussi que les nuances dont je parlais en introduction interviennent : si le personnage est super badass extraordinaire de la mort qui tue (« On parle de moi ?? »), on peut le faire disparaître en éclipsant le Soleil pour marquer l’événement ! Ça dépend, comme je l’ai dit, du jeu de rôle et du personnage. Somme toute, n’importe quelle mort peut être parlante, mais il faut vraiment faire attention à ne pas théâtraliser l’événement. Évitez donc les scénarii mis en scène dans le but absolu de peiner le lecteur puisque bien souvent à trop vouloir cela, on tombe dans l’effet inverse. Vous pouvez quand même faire se questionner le personnage sur lui-même, sa vie et divers sujets de dernière heure, ce qui lui donnera un fond, une crédibilité et permettra plus de sympathie (au sens premier du terme). Préférez précipiter l’action puis ralentir sur la réflexion du personnage, le ressenti plutôt que de traîner sur l’action : on évitera justement le mélo-drame et ce sera un élément qui pourra provoquer l’effet de surprise.

2/ L’effet de surprise

L’effet de surprise, justement ! Il peut-être très efficace, aussi bien pour émouvoir que pour rendre la mort plus originale ou plaisante à lire. Alors, oui, vous me direz qu’on sait généralement déjà le sujet du rp lorsqu’on s’apprête à le lire, mais raison de plus pour davantage étonner ! Pour ce faire, il faut d’une part rendre soudaine la mort, comment dit précédemment. Ça ne veut pas dire résumer l’action en une phrase, mais se concentrer sur l’ »après ». Il y aura une sorte d’énergie, de rapidité qui surprendra, en plus de donner envie d’en savoir davantage. Une mort brute comme un accident de voiture, une rupture d’anévrisme est idéale si on veut absolument surprendre, mais on peut très bien faire sans si l’on souhaite une fin particulière. D’autre part, vous pouvez profiter de la mort pour résoudre plusieurs problèmes qu’aura rencontré le personnage, pour éclaircir des ombres de sa vie. Ce serait alors une sorte de dénouement final, de « chute », et donc clairement un effet de surprise. Cela peut surtout se traduire dans la réflexion du personnage : il comprend une chose importante avant de mourir, comme une énigme ou un détail qu’il avait omis, et qui va régler une question plus ou moins importante. La mort en elle-même peut aussi intervenir : par exemple, un policier qui n’arrive pas à prouver qu’une personne est un tueur en série, et qui se fait finalement tuer par elle, ce qui permet d’enfin l’accuser. Les possibilités sont multiples, la découverte dont on parle peut aussi être infime, juste un détail qui ferait sourire ! Enfin, on peut mettre en scène une mort incompatible avec le personnage ou opposée à sa vie. Le summum de cet « art » serait ainsi, à mon sens, de créer une morale, une ironie finale, comme dans une fable ou une nouvelle, qui offre une nouvelle interprétation du personnage. Une personnalité célèbre pourrait ainsi décéder seule, dans un coin, tout juste au regard d’un mendiant : cela le remettrait à sa « place » et on pourrait se poser des questions sur sa réelle valeur.

3/ Ponctuer le personnage

Oui, je comprends votre confusion à la lecture du titre (« point à la ligne LOL »). Mais il faut prendre conscience que la mort ponctue réellement le personnage. C’est là que tout prend fin – ou presque – et il faut donc que tous les aspects du texte reprennent l’ensemble du personnage. Arriver à ce résultat, c’est pour moi LA mort réussie. La mort doit pouvoir résumer toute une psychologie, tous les choix passés, toute la vie justement. Le personnage avait des objectifs, des buts, des envies, et c’est là qu’on pourra faire le bilan ! Le rp du décès permet de justifier tout le développement de notre création qu’on aura effectué lors de notre jeu. Chaque phrase peut ainsi être mise à profit pour relater chaque face du personnage. Prenons le type du profil compliqué : un égoïste altruiste. Imaginons quelqu’un qui aie été centré sur lui-même afin d’épargner les autres à sa manière. Quelle pourrait être sa mort ? Un suicide pourrait être envisageable car c’est pour moi la disparition la plus personnelle, avec la volonté de disparaître de la vie des autres. C’est un exemple et il est assez grossier, il pourrait être discuté mille fois et dépend de l’interprétation de chacun, mais il illustre ce dont je parle (« TU ÉCRIS, TU PARLES PAS ! ») : il faut réunir toute la complexité ou du moins toutes les branches du personnage à la fin. C’est cela qui le ponctuera. Comment ? Vous pouvez faire une  liste de toutes les problématiques et angles généraux de sa vie, de sa construction afin d’en créer des micro-bilans et ainsi avoir les réponses à toutes les questions qui ont été posées lors du jeu. Tâchez de ne rien regretter et de ne rien avoir omis après avoir rédigé ce texte ! Amenez beaucoup de réflexion plus que de description : pendant, après ou même avant la mort, il serait préférable de montrer les pensées claires du personnage qui explique ou résout chaque élément de sa vie, ou alors les plus importants, qui le définissent. On peut éventuellement laisser une [toute] petite part de mystère. La mort en elle-même pourra être développée, mais doit rester je pense un prétexte pour amener enfin la touche finale ! Alors, bien sûr, le décès ne fait pas tout et on aura pu faire avancer la construction du personnage tout au long des rps et y résoudre beaucoup de questions, mais ça reste bien souvent ce qui clôturera le jeu. Bon, je ne vais pas faire le papy gâteux qui philosophe en perdant la boule – je rappelle que c’est uniquement ma vision des choses et qu’on peut aussi penser que la mort n’est qu’un détail à l’échelle de la vie du personnage – donc je vais simplement finir avec une question qui selon moi est centrale pour ce rp : Cette mort permet-elle de comprendre le personnage ?

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Publié dans : Le RPG en général |le 28 février, 2016 |10 Commentaires »

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10 Commentaires Commenter.

  1. le 28 février 2016 à 22 h 12 min Ana écrit:

    Personnellement, j’ai déjà été confrontée au contexte de la mort de mon personnage, et également d’un proche, et c’est une expérience que j’ai trouvé, pour ma part, particulièrement forte. J’aime, jouer du drame, c’est réellement un atout dans mes publications. Mais il faut BIEN le jouer, ne pas trop en faire, c’est la clé. il ne faut pas spécialement tomber dans les clichés.
    Secondement, faire mourir un personnage qui nous appartient c’est toujours fort.. Très fort, c’est une partie de soi, en y réfléchissant. On est attaché, généralement. Et honnêtement pour ma part, jouer la mort de l’un de ses personnages, n’inclue pas seulement l’adieu aux autres personnages présents dans la publication. Mais également un adieu de notre part pour lui. C’est un moment clé de la vie d’un joueur, et c’est par ce billet précis, que l’on peut rendre, le plus beau des hommages à un rôle, une personne, que l’on a interprété parfois depuis des années.

    Bref, c’est une expérience, vibrante, enrichissante et symbolique.

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  2. le 29 février 2016 à 14 h 15 min Oxalys écrit:

    Article intéressant, je dois avouer que je n’ai jamais fait mourir un personnage, non pas parce que je suis gentille, mais tout simplement parce que je n’y ai jamais réellement penser. Il y a trop peu de mes personnages que j’ai pu mener jusqu’au bout, et le départ d’un forum, à mes yeux ne justifie pas forcément la mort d’un personnage. Mais j’avoue que c’est une expérience que j’aimerais vivre un jour, mais sur un personnage que j’aurais vraiment mené jusqu’au bout, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

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  3. le 11 mars 2016 à 17 h 18 min LeRPG écrit:

    Ana > Je te remercie de ton commentaire ! =) C’est certain que c’est vraiment intense d’avoir à écrire un RP à ce point important et émouvant. Je suis tout à fait d’accord avec toi : on peut dramatiser à condition de ne pas rentrer dans l’excès, mais parfois on n’a pas forcément le recul nécessaire pour juger de cela… Quant à l’attachement au personnage, ça dépend du joueur aussi et de la raison, certains seront plus sensibles que d’autres, mais j’imagine à quel point ça peut atteindre une personne en tant que joueur, je sais que je tiens vraiment à certains de mes personnages et que j’aurais du mal à m’en séparer !

    Oxalys > Merci de ton compliment et d’avoir pris le temps de donner ton avis ;D Ne t’inquiète pas, tu es loin d’être la seule à n’avoir jamais fait mourir de personnage… Le départ d’un forum n’entraîne effectivement pas toujours la mort de ceux-ci, mais ça peut toutefois aller de pair pour les gens qui souhaitent partir en ayant « terminé » leur création. C’est une expérience vraiment intéressante je pense, et il est vrai qu’elle l’est d’autant plus lorsque le personnage est complet, ça permet vraiment de clore sa construction et d’honorer tout ce que l’on aura développé.

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  4. le 29 mars 2016 à 20 h 20 min Brune écrit:

    J’me baladais sur le blog quand je suis tombée sur cet article. Alors j’ai repenser à la mort d’un de mes personnages. Et quelle mort ! J’ai tué mon personnage avec un de mes autres personnages… Un fratricide qui plus est. Bref, je m’étais mis la barre haute pour ma première mort en rp. Un moment assez étrange au final, entre préméditation et résignation. Le p’tit frère qui tue le grand ._.
    Une sensation particulière de responsabilité au bout de des doigts alors qu’on taper sur son clavier avec des hésitations. « Je le fais? Je ne le fais pas? Et si finalement il tombait juste inconscient? » Mais le caractère de mon personnage principale a fait qu’il ne devait pas y avoir de place pour le hasard, alors finalement il a un peu décidé pour moi en s’occupant du sort de son aîné.
    C’est vrai que c’est quelque chose de difficile à jouer, de part le fait qu’on a pas forcément l’occasion tous les jours de devoir se résigner à tuer un personnage. Et aussi parce que la mort implique que ce personnage n’existe plus, du moins dans l’univers où il a été tué. Mais pour l’heure malheureusement, je n’ai jamais réussi à avancer assez mes personnages pour arriver de nouveau à ce point de « non-retour ». Ce que je trouve assez dommage et frustrant parce qu’en un sens, leurs vies dépendent des personnages des autres joueurs qui vont et viennent sans toujours nous permettre d’arriver au bout des choses.

    En tout cas un article très intéressant qui me rappel que je pense souvent à l’avenir de mes personnages parce qu’ils ne seront jamais éternels :)

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  5. le 23 avril 2016 à 9 h 58 min LeRPG écrit:

    Hello !! =3
    Effectivement, c’est une mort assez… hors du commun XD. J’aurais beaucoup aimé lire ça. J’imagine à quel point l’écriture de ce rp a été fastidieuse, mais c’est justement ça qui a dû la rendre divertissante (si on peut dire ça en parlant d’un meurtre…) ! La mort d’un personnage implique beaucoup de conséquences, mais c’est aussi l’occasion de passer un moment fort, et – pourquoi pas – de recommencer à jouer avec un autre.

    En te remerciant pour ton intervention, plutôt enrichissante ! N’hésite pas à revenir consulter le sondage de temps en temps :) .

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    • le 27 avril 2016 à 18 h 02 min Brune écrit:

      Je viens de regarder, le rp est toujours accessible si ça t’intéresse de le lire xD

      Répondre

      • le 28 avril 2016 à 11 h 04 min LeRPG écrit:

        Oui, ça me ferait plaisir ! Tu peux le lier ici ou par mail =)

        Répondre

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