Archive pour la catégorie 'Jouer par e-mail'

Le RPG épistolaire (partie 2) : En pratique

Dans l’épisode l’article précédent, on a vu les principaux problèmes que soulève l’application de la forme épistolaire au jeu de rôle par écrit. Et pour ceux qui ont zappé ce premier volet de la série du blog consacrée au jeu de rôle épistolaire, je vais vous faire un résumé très concis parce que je suis adorable (« Euh… Ouais, si tu le dis… ») : on a posé qu’il fallait jouer à la première personne du singulier, que l’action est différée, qu’il faut faire en sorte d’être compris par le lecteur tout en s’adressant à des personnages, et qu’il est plus aisé de jouer à deux, le cas contraire imposant une vraie réflexion sur le mode d’échange des lettres ou des e-mails (un point très intéressant que je vous conseille d’aller lire dans la seconde partie du premier article). Maintenant qu’on a vu ces considérations théoriques qu’il faut garder à l’esprit, on va s’occuper concrètement de la pratique !

Avant tout, je vais définir trois termes qui seront utilisés dans cet article pour ne pas créer de confusions : on appellera « contexte » tout ce qui a trait à l’univers du RP (le background des personnages, le cadre spatio-temporel et les caractéristiques du monde où évoluent les personnages) ; le terme « scénario » fera référence à la trame du RP, c’est-à-dire l’histoire qui va se dérouler du début à la fin de la partie ; une « intrigue » désignera une péripétie appartenant au scénario du RP (les intrigues pourront être vues comme les événements qui rythment l’histoire globale, qui en somme font avancer le scénario du RP pour qu’il se réalise). Un scénario de RP peut très bien ne reposer que sur une seule intrigue !

I – La principale difficulté

Le plus dur dans la forme épistolaire du RPG écrit, c’est de faire transparaître le contexte et le scénario du RP uniquement au travers de lettres ! En effet, dans l’exemple qu’on a développé dans l’article précédent de la série pour aborder la question du nombre de joueurs, on a a tranquillement planté un décor sans se demander comment on allait pouvoir traduire ça en jeu… Idem pour la manière dont les personnages ont interagi. Mais figurez-vous que c’est loin d’être impossible (« Parce qu’impossible n’est pas français !! ») : voici deux solutions pour imprimer le contexte et le scénario d’un RP épistolaire à travers ses lettres !

1/ La double énonciation

(« Encore elle ?! ») Eh oui, pas besoin de se creuser la tête quand on a déjà trouvé une des solutions ! En effet, la double énonciation est à la fois un problème et une solution : il n’est pas aisé d’écrire une lettre adressée à un personnage fictif tout en la rendant intelligible au lecteur qui se trouve dans la réalité, mais en même temps y arriver permet de faire passer des informations du monde fictif au monde réel, et ainsi de régler pour beaucoup le problème de la contextualisation. Si un joueur veut évoquer une info tirée du background de son personnage pour enrichir le RP, il peut tout simplement l’évoquer de manière détournée. Forcément, il ne pourra pas faire comme dans un RP classique (ex : « Aymeric avait grandi dans une famille cruelle, avec un père tyrannique. Longtemps battu, il reproduisait la violence qu’il vivait chez lui dans la cour de récréation. ») : il devra compter sur cette fameuse double énonciation (ex : « Nos lettres me rappellent ma triste enfance… Mon père tyrannique, dans ma famille cruelle… J’ai souvent reproduit sur les autres ce qu’on m’avait fait vivre à moi-même… À l’école, notamment. Enfin, tout ça, tu le sais déjà ! Mais moi, je sais peu de choses sur ton enfance. As-tu profité d’un cadre stable ? As-tu eu seulement un cadre ? »). Il en est de même pour les informations se rapportant à l’univers des personnages ! Plutôt que d’écrire « L’année 1988, des clowns se sont mis à commettre de terribles exactions de manière indépendante et peu localisée. Depuis quelques années, on découvre qu’ils se sont regroupés dans une organisation terroriste nommée « Blagounette Killers » qui sévit essentiellement dans le quartier de Manhattan. Les autorités semblent impuissantes face à ces actions de plus en plus nombreuses et violentes. On soupçonne une connivence de certains services de l’état avec ces malfaiteurs très particuliers… », on écrira : « J’ai peur depuis tant d’années… Au moins depuis qu’on a découvert cette organisation, Blagounette Killers, qui a confirmé l’alliance des clowns terroristes. Cette nouvelle m’a fait l’effet d’un choc. Je ne sais pas comment tu l’as vécu, mais pour moi, c’était comme si je devais me préparer à vivre éternellement dans l’année 1988, au moment où ces affreuses attaques ont commencé. Sans compter qu’on entend de plus en plus souvent des gens s’en prendre à l’état et soupçonner un complot du gouvernement contre la population… Qu’est-ce qu’on devrait penser de tout ça, d’après toi ? Moi, tout ce que je veux, c’est me barrer d’ici le plus vite possible ! ».

Pour ce qui est du contexte du RP, c’est finalement assez intuitif puisque c’est ce que l’on fait déjà dans les RP classiques lorsque nos personnages se confient à d’autres. On peut aussi penser à procéder ainsi pour expliquer un scénario en cours ! Classiquement, toutes les intrigues sont rapportés au moyen de récits consécutifs. Dans une lettre, il n’y a pas cette distinction entre discours et récit, puisque tout doit être rapporté par discours direct. On utilisera donc là encore la double énonciation. Si on reprend l’exemple de l’article d’ouverture de la série, à la place de raconter que le touriste se tient à l’écart du couple blessé parce qu’il a peur du sang, mais qu’il accepte malgré tout de communiquer via des boulettes de papier, on fera alors parler un personnage du RP : « Et ce touriste… Pourquoi n’approche-t-il pas ? Tu l’as vu ? Il est quasi-immobile, on dirait un épouvantail. Et pourtant c’est lui qui semble avoir peur de nous… Tout à l’heure, il m’a envoyé une boulette de papier. Je n’ai pas osé l’ouvrir. En plus, chaque mouvement me fait mal et j’y perds un peu plus de sang… Mais, tant pis, je me suis dis que quelques centilitres valaient bien quelques lignes. Voilà ce qu’il m’a dit : (…) ».

Vous voyez qu’on peut tout à fait rester sur un mode strictement épistolaire en se contentant de la double énonciation comme outil pour révéler et le contexte, et le scénario du RP. Toutefois, abuser de ce procédé en l’utilisant pour décrire tout un univers et/ou introduire tout un scénario finira par nuire au jeu, qui deviendra lourd, long, bref, lassant. Dans notre cher exemple, on imagine mal reprendre tout depuis le début ainsi : « Dire que nous avons laissé nos deux enfants dans un pays si lointain ! Eh oui, la Bolivie, c’est pas la porte à côté. Oh là là, nous n’aurions pas dû nous aventurer dans les bois, nous ne nous serions pas pris dans ces pièges… Tu saignes beaucoup, toi aussi ? Au départ, on devait juste partir en vacances, zut à la fin ! Nous vivions tranquillement dans une banlieue de Londres, et tout ça c’est parce qu’on a gagné un concours en ligne qui nous a offert ce voyage, etc. ». C’est loin d’être subtil et discret (« Bah non pourquoi ? Moi ce que je préfère dans les livres, c’est les descriptions qui durent des pages, et des pages ou, encore mieux, des chapitres entiers, c’est trop génial ! :D  » )… D’autant plus que dans ce cas par exemple, les personnages sont en couple et ont cette expérience en commun, ce serait étrange de tout rabâcher

2/ Le recul narratif

Une autre solution, c’est donc de faire appel à ce bon vieux narrateur omniscient via ce qu’on peut appeler un recul narratif (« Plaît-il ? ») ! J’ai pas trouvé mieux comme terme, parce que c’est vraiment ce que ça donne : je parle de ne plus rester sur un RP strictement épistolaire, mais de placer la lettre dans un récit classique qui, lui, s’attèlera à la tâche de poser le contexte du RP et de jeter les bases du scénario ! Ainsi, on sera beaucoup plus à l’aise pour rapporter les éléments introductifs, plutôt qu’en le faisant de manière indirecte par discours… direct. Paradoxalement. Vous coucherez donc ces éléments sur papier comme dans un RP classique : « James et Pamela avaient laissé leurs enfants aux vieilles mains de leurs grands-parents, ceux qui étaient encore de notre monde. Sûrement plus pour longtemps, mais au moins le temps de garder les gosses. Ils avaient depuis longtemps envie de découvrir la forêt luxuriante de l’Amazonie, et ont réalisé leur rêve cette semaine. Hélas, il a vite tourné en cauchemar lorsqu’ils se sont fait croquer par deux pièges à ours… Un homme qui rendait lui aussi visite à la végétation a alors découvert deux animaux ensanglantés, pourtant plus humains qu’ursins. Sauf qu’il avait peur du sang… Dans les sacs à dos de chacun, on pouvait trouver du papier, suite aux conseils des guides d’en garder sur soi pour alimenter facilement les feux de camp. Ils allaient s’en servir pour s’échanger des petits mots, et Pamela envoya le premier au touriste. » . Ensuite, vous n’avez plus qu’à rapporter la lettre en question. Rien ne vous oblige à insérer un tel chapeau avant chaque lettre, vous pouvez aussi les enchaîner si aucun besoin de contextualisation ne se fait ressentir, qui ne puisse être réglé via la double énonciation.

3/ La conclusion qui va bien

Une petite conclusion pour vous dire que, finalement, la forme est très liée au fond dans le RP épistolaire ; pour un RP avec un contexte et un scénario élaborés on va plutôt faire de l’épistolaire partiellement, tandis que pour un RP avec un contexte basique et un scénario peu complexe on optera pour de l’épistolaire strict. Pour reprendre l’analogie avec le théâtre, on peut choisir dans une pièce de rajouter des didascalies aux répliques, tout comme on peut choisir dans un RP par lettres d’y ajouter un récit hors du discours direct. C’est à vous qu’incombe la tâche de sélectionner les détails importants et d’apprécier si leur communication nécessite l’ajout d’un récit dédié en dehors de la lettre. Bien sûr, idéalement, le RP épistolaire doit révéler la tournure des événement et l’univers au fur et à mesure que les lettres s’échangent et que le temps avance avec elles…

II – Lettre VS e-mail

Dans cette toute dernière partie de la série du blog sur le jeu de rôle épistolaire, on va se préoccuper d’une considération très pratique : le support de l’écriture ! Quelles différences entre la correspondance par lettres et celle par messagerie électronique ? Laquelle faut-il préférer ? Eh bien pour avoir essayé les e-mails avec la blogueuse, calligraphe et écrivain public Doublure Stylo, et les lettres papier avec une amie (« Pourquoi choisir après tout, hé hé… »), je peux vous donner quelques pistes !

La plus grande différence entre ces deux modes de correspondance, vous l’aurez compris, c’est que lorsqu’on écrit sur papier, la lettre est la même dans la fiction que dans la réalité, tandis qu’avec les e-mails on est face à un support dématérialisé qui servira simplement à s’échanger dans la réalité le contenu de la lettre fictive. En gros, quand vous écrivez sur papier, votre partenaire RP recevra la même lettre que son personnage. Oui, dit comme ça, on croirait qu’il s’agit de créer des dimensions parallèles et de passer d’un portail spatio-temporel à l’autre pour rejoindre ses créations. Mais non. C’est juste qu’avec les e-mails, on imagine que le personnage reçoit une véritable lettre tandis que le joueur, lui, reçoit simplement un e-mail ! Du coup, on serait plutôt tentés de dire qu’il est préférable, dans l’idéal, de faire son RP sur papier, parce qu’on peut customiser la lettre, et même son enveloppe, et que l’immersion dans le jeu est beaucoup plus poussée. Mais, d’une part, l’immersion est précisément si poussée qu’il faut souvent attendre trois plombes avant de recevoir la lettre de son partenaire (si encore elle n’est pas égarée par le facteur…). On peut faire le choix d’en jouer, volontairement ou non, et ça m’était arrivé dans mon RP par lettres papier : le personnage de ma partenaire avait fait remarquer au mien que le facteur avait eu du mal à trouver l’adresse puisque je n’avais ni écrit le bon numéro de voirie, ni le bon arrondissement (et du même coup, c’est mon propre personnage qui assumait la bourde !)… D’autre part, il ne faut pas oublier qu’avec des e-mails on peut décrire la lettre, à défaut de pouvoir la tenir entre ses mains ! Effectivement, avec Doublure Stylo, on a quelques fois ajouté un chapeau à la lettre pour décrire cette dernière ainsi que, pourquoi pas, son acheminement (dans notre cas, les personnages faisaient appel à des pigeons voyageurs). Cela rappelle le recul narratif dont on parlait précédemment, et fait partie du jeu de rôle aussi ! Car la description des e-mails, fictive, permet alors d’imaginer des détails qu’on ne pourrait pas forcément traduire techniquement dans la réalité et elle offre beaucoup plus de liberté dans l’aspect de la lettre, qui pourra alors mieux coller au RP (on peut imaginer par exemple un papier à lettres particulier qui sera cohérent avec la fonction du personnages, ce que j’ai expérimenté dans mon RP avec Doublure Stylo). Une petite grosse nuance cependant : il est tout à fait possible que les personnages du jeu de rôle s’échangent de réels e-mails si le contexte de ce dernier le permet ! Dans ce cas, on ne peut certes pas customiser un e-mail (« Bah si, tu fais des dessins sur l’écran ! D: »), mais le support sera là aussi à la fois fictif et réel. Par contre, un point qu’on ne pourra jamais changer a priori, c’est qu’on n’aura jamais une écriture manuscrite en tapant sur un clavier… On voit que, d’un autre côté, les e-mails restreignent donc aussi la liberté d’interprétation du jeu, puisque l’écriture manuscrite peut être travaillée pour correspondre à la mentalité du personnage ou à la qualité de son rang par exemple.

III – Quelques conseils

L’article commence à se faire long, mais je ne peux pas le terminer sans vous faire part de quelques conseils sur l’écriture épistolaire ! Déjà, il faut bien vous rappeler de présenter la lettre avec au minimum la date et le lieu de la rédaction, les formules de politesse et la signature. Pour un e-mail, on pourra éventuellement se passer de la date et du lieu. Chaque élément peut être adapté aux caractéristiques de votre RP pour être le plus en accord possible. Vous pouvez allez jusqu’à choisir un timbre spécifique si vous écrivez sur papier ! Mais je pense que la signature est un élément dont il est particulièrement important de s’occuper. C’est un peu une micro-présentation de votre personnage ! Convenez avec votre partenaire d’une fréquence d’échanges tenable que vous essayerez de respecter, car le rythme du jeu tend souvent à ralentir inexorablement au fur et à mesure de la partie… Ne vous égarez pas avec trop d’anecdotes inutiles dans vos lettres (ou e-mails) ; même si les premières peuvent se contenter d’apporter des nouvelles à l’autre personnage, il faut tout de même faire avancer le scénario au moyen d’intrigues introduites graduellement au fil de la correspondance. Pour ce faire, nourrissez-vous aussi des événements de votre quotidien ! On peut aller jusqu’à relater notre propre vie de manière détournée au travers du jeu de rôle (« Nos persos vont finir par raconter leur visite chez le boulanger… »). Vous pouvez aussi préciser les conditions d’écriture de la lettre de votre personnage s’il s’agit fictivement d’un format papier : par exemple, pour un contexte de guerre, il serait intéressant de savoir comment le soldat trouve le temps d’écrire à son correspondant. Enfin, je dirais qu’il faut avant tout savoir jongler entre les différentes discussions qui vont petit à petit se superposer dans une même lettre ou un même e-mail. En effet, comme lorsqu’on envoie plusieurs SMS d’affilée (« Euh c’est plus le même article là, mec… »), vous verrez que vous devrez prendre séparément certaines informations (objections, questions, remarques, idées, anecdotes, allusions, …) pour les traiter dans des paragraphes distincts. Il y aura rapidement comme une superposition de conversations.

C’était le denier article de la série du blog consacrée au RPG épistolaire, n’hésitez pas à partager votre propre expérience si vous avez déjà essayé et à venir dire ce que vous pensez de ce mode de jeu dans les commentaires o/

Un très grand merci à Doublure Stylo avec qui j’ai pu expérimenter le RPG épistolaire par mail, une superbe expérience ! :D

https://doublurestylo.com/

Publié dans:Jouer par e-mail, Jouer par lettres |on 18 septembre, 2018 |Pas de commentaires »

Le RPG épistolaire (partie 1) : En théorie

Même si certaines relations épistolaires amènent à des liaisons dangereuses, elles peuvent tout à fait être ludiques : c’est le cas avec le jeu de rôle épistolaire ! Mais j’imagine que ceux qui ne connaissent pas le mot n’en sont pas plus rassurés (« On parle de jouer avec des pistolets là ?? O_O »). Eh bien, c’est tout bête : il s’agit d’une forme particulière de RPG écrit où les personnages joués s’échangent des lettres, et où ce sont ces dernières qui font avancer le jeu. Sauf qu’au XXIe siècle, comme on le sait, le papier à lettres s’est vite vu concurrencé par la messagerie électronique, et le JDR épistolaire s’y est aussi adapté ! Toutefois, il est toujours possible de jouer en envoyant de réelles enveloppes, contenant vraiment du papier, avec des mots écrits de notre propre main, non-dématérialisés, dans la vraie vie, échangés via des authentiques boîtes aux lettres (je sais, ça paraît fou). Ces deux modes de jeu seront comparés dans le second article de la série du blog consacrée au RPG épistolaire mais, pour ce premier article, on va d’abord dégager les spécificités et problèmes de la forme épistolaire appliquée en tant que telle au jeu de rôle, par rapport à la forme écrite classique. La théorie, et ensuite seulement la pratique !

I – Quatre problèmes du RPG épistolaire

Dans le jeu de rôle par lettres, eh bah… on écrit des lettres. Mais ce n’est pas comme si on s’envoyait des RP par lettres, ici, la lettre fait partie du RP, elle est elle-même fictive ! Ainsi donc, alors qu’un RP classique rapporte des faits et gestes du jeu à quiconque le lit dans la réalité, mais n’est pas censé être un texte fictif lu par d’autres personnages in game, la lettre, elle, par définition, est adressée à quelqu’un, et en l’occurrence un personnage. En fait, tout vient du fait qu’ on est dans une démarche de communication fictive : c’est du discours direct, le même qu’on utilise dans nos RP textuels d’accoutumée lorsque notre personnage parle avec un autre, qu’on insert un dialogue. Une lettre finalement, c’est un peu un dialogue couché sur papier ! Nous verrons d’ailleurs que ces deux types de discours direct, la lettre et le dialogue, soulèvent les mêmes problèmes, parce qu’ils partent de cette même différence de fonction : la communication. Go en citer les quatre principaux !

1/ Le point de vue du narrateur

Premièrement, je ne vais rien vous apprendre en écrivant que dans le jeu de rôle écrit classique, le joueur peut RP à la première personne du singulier, ou à la troisième, ou à la deuxième, ou bien encore au pluriel (« Et les pronoms inclusifs, on en parle ? è_é »). Eh bien dans le jeu de rôle épistolaire, pas d’histoires : c’est le « je » qui l’emporte ! En effet, le personnage incarné est obligatoirement le narrateur. On retrouve bien cet impératif dans le cadre des autres modes de communication au discours direct, avec les dialogues dans les RP classiques : lorsque vous faites parler directement votre personnage, c’est toujours à la première personne, qu’importe le point de vue de la narration.

2/ La double énonciation

Un deuxième problème dû à ce contexte de communication fictive, c’est que les joueurs – eux – ne sont pas fictifs, ils se trouvent dans la réalité. Si ça ne pose aucun souci dans le cas des RP classiques, ça en pose un pour ce qui est des RP épistolaires, puisque la lettre du RP est destinée au personnage qui le reçoit mais doit être intelligible pour les lecteurs non-fictifs : c’est le principe de double énonciation ! Là encore même problème pour les dialogues, puisqu’au théâtre les personnages s’échangent leurs répliques entre eux mais doivent aussi être compris par les spectateurs, c’est un exercice qui peut être difficile. En effet, il va falloir rester clair pour ceux qui lisent le RP tout en restant naturel du point de vue des personnages. Lorsque vous parlez à votre meilleur(e) ami(e), vous ne reprenez pas toute votre vie depuis le début : il ou elle la connaît ! Sauf que là vous devez imaginer que quelqu’un surprend votre conversation et qu’il doit la comprendre.

3/ Le différé

Troisième point lié à la fonction de communication : avec les lettres (ou les e-mails, encore une fois nous nous occupons du principe général), l’action est forcément différée ! C’est le personnage qui écrit lui-même, il ne peut rapporter son action en direct. Avec le discours direct, c’est la même (« Wesh comment tu parles ?! ») : si votre personnage retransmettait son action aux autres par la parole, eh bien il dirait qu’il est en train de parler ; on a vu plus utile… Dans un RP classique, le récit est instantané, indépendamment de la période du RP, puisqu’on décrit et qu’on narre sans communiquer. Pour les flashback, ça ne change en rien, soit ils sont rapportés par dialogue et sont donc différés, soit ils forment un second récit, dans le passé chronologiquement parlant mais rapporté instantanément.

4/ Le nombre de joueurs

Enfin, le dernier problème n’est pas dû qu’à la visée des lettres – partagée avec le dialogue et les autres modes de communication – mais aussi à son format : il y a un seul expéditeur et un seul destinataire. Par voie de conséquence ça pose une sacrée problématique de nombre de joueurs participant au RP…

II – Une vraie logistique postale !

Je pense qu’il faut s’arrêter sur cette question très précise du nombre de joueurs dans les RP épistolaires. On est là face à un problème important, à savoir qu’on ne peut adresser une lettre qu’à une seule adresse. Même si on imagine qu’il y a plusieurs expéditeurs et plusieurs destinataires, ça ne règle pas le problème ! Imaginez qu’un père et une mère partent en Bolivie, et qu’ils écrivent à leurs 2 enfants dont ils se sont débarrassés en les faisant garder par papi et mamie. On ne peut pas imaginer un RP à 6 joueurs, où l’un jour le père, l’autre la mère, untel papi, unetelle mamie, et les deux derniers les 2 enfants. Effectivement, c’est impossible, puisqu’il y aura toujours une lettre des parents aux enfants et grands-parents, donc un seul RP, puis la réponse des enfants et grands-parents à papa et maman, ce qui fait 2 RP pour un tour alors qu’on a 6 joueurs. À moins d’écrire une lettre à plusieurs, le nombre de joueurs semble donc naturellement se limiter à 2 pour les RP épistolaires ! Mais c’est faux. Car tout bêtement, même si une lettre se limite à une adresse, on est pas obligés de se borner à une seule lettre : il suffit que chaque tour comprenne plus de 2 lettres (c’est-à-dire plus qu’une lettre et sa réponse). En fait, il faut que chaque joueur en tant qu’expéditeur envoie une lettre différente à chaque joueur en tant que destinataires, et que ces derniers fassent de même. Par exemple, imaginons que les parents de tout à l’heure se perdent dans une forêt bolivienne, qu’ils se prennent les pattes chacun dans un piège à ours et qu’ils ne peuvent garder contact qu’en s’envoyant des boules de papier. Non loin, un touriste les remarque mais, comme il a la phobie du sang, il ne peut les approcher et reste à distance, échangeant également des boulettes de papier avec eux (« C’est un peu la loose quand même ._. »). On a là trois joueurs : le père, la mère, et le touriste. Au premier tour, on peut imaginer que le père envoie une lettre à la mère pour lui demander comment ça va, que celle-ci lui répond, que le touriste envoie une lettre à chacun et que tous deux lui répondent. Mais on voit bien un autre problème : c’est comme s’il y avait 3 RP distincts – celui du père et de la mère, celui du touriste et du père, et celui du touriste et de la mère. Eh bien justement, c’est une facette du jeu de rôle épistolaire ; on peut partir de relations bilatérales de chaque joueur pour les entremêler ensuite ! Ainsi, la mère dans ses lettres au père rapportera ce que lui dit le touriste, et le père également, et eux-mêmes rapporteront ce qu’ils se sont dit au touriste. Sauf que chacun pourra choisir d’omettre telle ou telle information, de déformer des propos, de rajouter de nouvelles idées, entres autres, et c’est tout cela qui fera la richesse et la complexité du jeu (quiproquos et compagnie). Pour que chacun puisse l’entendre, il faudra envoyer des doubles de chaque RP à chaque joueur, mais ça peut être aussi un choix que de la jouer peinture nature (« Bravo, tu as réussi à placer cette expression dans un article !! ») en s’immergeant totalement dans la peau des personnages sans s’échanger les lettres qu’on ne devrait pas recevoir. Une autre possibilité à ce mode de jeu épistolaire, c’est de fonctionner sur un système de triangle : le père envoie un papier au touriste, qui en envoie un à la mère, qui en envoie un au père, en somme comme dans un RP classique. Mais on perd l’aspect question/réponse, et donc en cohérence. Pourquoi le touriste répondrait-il à la mère alors que c’est le père qui lui écrit ? On gagne cependant énormément en simplicité, et les possibilités de déformation sont augmentées puisqu’on part vraiment sur un téléphone arabe où l’on n’a pas de réponse directe mais seulement après passage par des intermédiaires (il peut être là encore très intéressant de ne pas s’envoyer entre joueurs les doublons des RP). Enfin, il faut dire que le plus simple, c’est tout de même de se limiter à deux joueurs !

Cet article vous a passionné ? Laissez votre cœur s’enflammer avec le second article de la série du blog consacrée aux RP épistolaires ! (à venir…)

Publié dans:Jouer par e-mail, Jouer par lettres |on 4 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

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