Archive pour la catégorie 'Jouer par e-mail'

Le RPG épistolaire (partie 1) : En théorie

Même si certaines relations épistolaires amènent à des liaisons dangereuses, elles peuvent tout à fait être ludiques : c’est le cas avec le jeu de rôle épistolaire ! Mais j’imagine que ceux qui ne connaissent pas le mot n’en sont pas plus rassurés (« On parle de jouer avec des pistolets là ?? O_O »). Eh bien, c’est tout bête : il s’agit d’une forme particulière de RPG écrit où les personnages joués s’échangent des lettres, et où ce sont ces dernières qui font avancer le jeu. Sauf qu’au XXIe siècle, comme on le sait, le papier à lettres s’est vite vu concurrencé par la messagerie électronique, et le JDR épistolaire s’y est aussi adapté ! Toutefois, il est toujours possible de jouer en envoyant de réelles enveloppes, contenant vraiment du papier, avec des mots écrits de notre propre main, non-dématérialisés, dans la vraie vie, échangés via des authentiques boîtes aux lettres (je sais, ça paraît fou). Ces deux modes de jeu seront comparés dans le second article de la série du blog consacrée au RPG épistolaire mais, pour ce premier article, on va d’abord dégager les spécificités et problèmes de la forme épistolaire appliquée en tant que telle au jeu de rôle, par rapport à la forme écrite classique. La théorie, et ensuite seulement la pratique !

I – Quatre problèmes du RPG épistolaire

Dans le jeu de rôle par lettres, eh bah… on écrit des lettres. Mais ce n’est pas comme si on s’envoyait des RP par lettres, ici, la lettre fait partie du RP, elle est elle-même fictive ! Ainsi donc, alors qu’un RP classique rapporte des faits et gestes du jeu à quiconque le lit dans la réalité, mais n’est pas censé être un texte fictif lu par d’autres personnages in game, la lettre, elle, par définition, est adressée à quelqu’un, et en l’occurrence un personnage. En fait, tout vient du fait qu’ on est dans une démarche de communication fictive : c’est du discours direct, le même qu’on utilise dans nos RP textuels d’accoutumée lorsque notre personnage parle avec un autre, qu’on insert un dialogue. Une lettre finalement, c’est un peu un dialogue couché sur papier ! Nous verrons d’ailleurs que ces deux types de discours direct, la lettre et le dialogue, soulèvent les mêmes problèmes, parce qu’ils partent de cette même différence de fonction : la communication. Go en citer les quatre principaux !

1/ Le point de vue du narrateur

Premièrement, je ne vais rien vous apprendre en écrivant que dans le jeu de rôle écrit classique, le joueur peut RP à la première personne du singulier, ou à la troisième, ou à la deuxième, ou bien encore au pluriel (« Et les pronoms inclusifs, on en parle ? è_é »). Eh bien dans le jeu de rôle épistolaire, pas d’histoires : c’est le « je » qui l’emporte ! En effet, le personnage incarné est obligatoirement le narrateur. On retrouve bien cet impératif dans le cadre des autres modes de communication au discours direct, avec les dialogues dans les RP classiques : lorsque vous faites parler directement votre personnage, c’est toujours à la première personne, qu’importe le point de vue de la narration.

2/ La double énonciation

Un deuxième problème dû à ce contexte de communication fictive, c’est que les joueurs – eux – ne sont pas fictifs, ils se trouvent dans la réalité. Si ça ne pose aucun souci dans le cas des RP classiques, ça en pose un pour ce qui est des RP épistolaires, puisque la lettre du RP est destinée au personnage qui le reçoit mais doit être intelligible pour les lecteurs non-fictifs : c’est le principe de double énonciation ! Là encore même problème pour les dialogues, puisqu’au théâtre les personnages s’échangent leurs répliques entre eux mais doivent aussi être compris par les spectateurs, c’est un exercice qui peut être difficile. En effet, il va falloir rester clair pour ceux qui lisent le RP tout en restant naturel du point de vue des personnages. Lorsque vous parlez à votre meilleur(e) ami(e), vous ne reprenez pas toute votre vie depuis le début : il ou elle la connaît ! Sauf que là vous devez imaginer que quelqu’un surprend votre conversation et qu’il doit la comprendre.

3/ Le différé

Troisième point lié à la fonction de communication : avec les lettres (ou les e-mails, encore une fois nous nous occupons du principe général), l’action est forcément différée ! C’est le personnage qui écrit lui-même, il ne peut rapporter son action en direct. Avec le discours direct, c’est la même (« Wesh comment tu parles ?! ») : si votre personnage retransmettait son action aux autres par la parole, eh bien il dirait qu’il est en train de parler ; on a vu plus utile… Dans un RP classique, le récit est instantané, indépendamment de la période du RP, puisqu’on décrit et qu’on narre sans communiquer. Pour les flashback, ça ne change en rien, soit ils sont rapportés par dialogue et sont donc différés, soit ils forment un second récit, dans le passé chronologiquement parlant mais rapporté instantanément.

4/ Le nombre de joueurs

Enfin, le dernier problème n’est pas dû qu’à la visée des lettres – partagée avec le dialogue et les autres modes de communication – mais aussi à son format : il y a un seul expéditeur et un seul destinataire. Par voie de conséquence ça pose une sacrée problématique de nombre de joueurs participant au RP…

II – Une vraie logistique postale !

Je pense qu’il faut s’arrêter sur cette question très précise du nombre de joueurs dans les RP épistolaires. On est là face à un problème important, à savoir qu’on ne peut adresser une lettre qu’à une seule adresse. Même si on imagine qu’il y a plusieurs expéditeurs et plusieurs destinataires, ça ne règle pas le problème ! Imaginez qu’un père et une mère partent en Bolivie, et qu’ils écrivent à leurs 2 enfants dont ils se sont débarrassés en les faisant garder par papi et mamie. On ne peut pas imaginer un RP à 6 joueurs, où l’un jour le père, l’autre la mère, untel papi, unetelle mamie, et les deux derniers les 2 enfants. Effectivement, c’est impossible, puisqu’il y aura toujours une lettre des parents aux enfants et grands-parents, donc un seul RP, puis la réponse des enfants et grands-parents à papa et maman, ce qui fait 2 RP pour un tour alors qu’on a 6 joueurs. À moins d’écrire une lettre à plusieurs, le nombre de joueurs semble donc naturellement se limiter à 2 pour les RP épistolaires ! Mais c’est faux. Car tout bêtement, même si une lettre se limite à une adresse, on est pas obligés de se borner à une seule lettre : il suffit que chaque tour comprenne plus de 2 lettres (c’est-à-dire plus qu’une lettre et sa réponse). En fait, il faut que chaque joueur en tant qu’expéditeur envoie une lettre différente à chaque joueur en tant que destinataires, et que ces derniers fassent de même. Par exemple, imaginons que les parents de tout à l’heure se perdent dans une forêt bolivienne, qu’ils se prennent les pattes chacun dans un piège à ours et qu’ils ne peuvent garder contact qu’en s’envoyant des boules de papier. Non loin, un touriste les remarque mais, comme il a la phobie du sang, il ne peut les approcher et reste à distance, échangeant également des boulettes de papier avec eux (« C’est un peu la loose quand même ._. »). On a là trois joueurs : le père, la mère, et le touriste. Au premier tour, on peut imaginer que le père envoie une lettre à la mère pour lui demander comment ça va, que celle-ci lui répond, que le touriste envoie une lettre à chacun et que tous deux lui répondent. Mais on voit bien un autre problème : c’est comme s’il y avait 3 RP distincts – celui du père et de la mère, celui du touriste et du père, et celui du touriste et de la mère. Eh bien justement, c’est une facette du jeu de rôle épistolaire ; on peut partir de relations bilatérales de chaque joueur pour les entremêler ensuite ! Ainsi, la mère dans ses lettres au père rapportera ce que lui dit le touriste, et le père également, et eux-mêmes rapporteront ce qu’ils se sont dit au touriste. Sauf que chacun pourra choisir d’omettre telle ou telle information, de déformer des propos, de rajouter de nouvelles idées, entres autres, et c’est tout cela qui fera la richesse et la complexité du jeu (quiproquos et compagnie). Pour que chacun puisse l’entendre, il faudra envoyer des doubles de chaque RP à chaque joueur, mais ça peut être aussi un choix que de la jouer peinture nature (« Bravo, tu as réussi à placer cette expression dans un article !! ») en s’immergeant totalement dans la peau des personnages sans s’échanger les lettres qu’on ne devrait pas recevoir. Une autre possibilité à ce mode de jeu épistolaire, c’est de fonctionner sur un système de triangle : le père envoie un papier au touriste, qui en envoie un à la mère, qui en envoie un au père, en somme comme dans un RP classique. Mais on perd l’aspect question/réponse, et donc en cohérence. Pourquoi le touriste répondrait-il à la mère alors que c’est le père qui lui écrit ? On gagne cependant énormément en simplicité, et les possibilités de déformation sont augmentées puisqu’on part vraiment sur un téléphone arabe où l’on n’a pas de réponse directe mais seulement après passage par des intermédiaires (il peut être là encore très intéressant de ne pas s’envoyer entre joueurs les doublons des RP). Enfin, il faut dire que le plus simple, c’est tout de même de se limiter à deux joueurs !

Cet article vous a passionné ? Laissez votre cœur s’enflammer avec le second article de la série du blog consacrée aux RP épistolaires ! (à venir…)

Publié dans:Jouer par e-mail, Jouer par lettres |on 4 juillet, 2018 |Pas de commentaires »

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